L’appartement à côté de chez moi est à louer. Encore. Ça fait quelques années que j’habite ici, et, les premiers temps, il y avait un charmant couple avec qui j’échangeais tomates, bulbes de tulipes et quelques commentaires sur la météo. Quelques années de plus, et nous serions devenus amis. Ensuite, un jeune homme. Seul. Je le voyais rarement, il était des plus discrets. Je ne sais même pas si je l’aurais reconnu à l’épicerie. Vous savez, ce genre de garçon sans trait particulier, qui s’habille en brun (ou en bleu), qui n’est pas grand, pas petit non plus, coupe de cheveux indéfinie, pas souriant mais pas particulièrement bête non plus, toujours terré dans son appartement? Ce genre-là. Puis, un autre couple, très jeune. Ils étaient timides tous les deux, me saluaient comme une vieille voisine cachée derrière son rideau, avec une certaine méfiance mais un brin de compassion. Je n’aimais pas l’image qu’ils me renvoyaient de moi. Je ne les aimais pas. Finalement, un autre couple. Dans la vingtaine. À la dernière mode. Ils nous ignorent complètement. Tous les samedis, tous les dimanches, il va au bistro du coin leur acheter deux gros cafés. Ils devraient s’acheter une machine à espresso, ils économiseraient des sous. Ils devraient utiliser des tasses Thermos, ils sauveraient la planète. Je ne m’ennuierai pas d’eux.
Depuis que la petite affiche en noir, rouge et blanc est là, j’observe les passants s’arrêter. De jeunes couples, encore, certains sympathiques, d’autres moins. Il y a eu aussi un très bel homme. Seul. Ce serait bien de l’avoir comme voisin, je pourrais le présenter à J*. Elle est de nouveau célibataire, entre deux histoires rocambolesques, un voisin, ça la changerait d’un gars de bar. Une famille aussi. Des latinos fort sympathiques. Papa, maman et deux jeunes enfants. Dans un 4 1/2 ouvert… Je leur ai mentionné l’exiguïté des lieux, mais ils semblaient trouver ça tout à fait correct pour quatre personnes.
Je me demande qui ce sera. Seul un mur me séparera d’eux. Heureusement, il est épais, je n’entends rien de la vie de mes voisins. Mais tout de même, arrêtez-vous pour y penser. Un mur. Et de chaque côté, des inconnus qui vaquent à leurs occupations, qui ignorent tout des joies et des drames qui se vivent à quelques mètres à peine. Il se peut que pendant qu’un couple se déchire, un autre couple fasse l’amour de l’autre côté du mur. Pendant qu’une femme se fait les ongles devant la télé, l’autre pleure, la tête dans l’oreiller.
Nous sommes là, côte à côte, des humains qui suivent leur chemin, chacun de leur côté du mur. Est-ce trop demander à mes futurs voisins de me regarder, de reconnaître que j’existe et de me saluer? Peut-être même un petit sourire? J’exagère, vous dites? D’accord. Pas de sourire. Juste un bonjour.
Et je jure que le matin où je découvre une pinte de lait vide dans mon réfrigérateur, je m’habille et je vais au dépanneur. Je ne sonne pas chez vous. Promis.


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